A l’approche de Noël, Mozzarella jubilait, sans nul doute. La vision attendrissante des petits enfants emmitouflés dans leur doudounes bibendum fluorescentes et gambadant dans les boues post-neigeuses au son de cris zinjanthropesques ne faisait qu’ajouter au sentiment de joie qui envahissait ses tripes, déjà gonflées par les prémisses gastronomiques des fêtes. Elle regardait les toits gris se fondre au loin dans le ciel brumeux de décembre, prometteur de journées tendres. La frénésie des masses se ruant dans les grands magasins dégageait cette généreuse chaleur d’affection, témoin de l’humanité hivernale.
Ne vous y trompez pas, les enfants. Non, Noël n’est pas une célébration commerciale. Non, le 24 décembre n’est pas prétexte à la dépense. Non, point de traditionalisme sirupeux, mais bel et bien résurgence des liens familiaux et profond désir de balayer les casseroles du passé entre membres brouillés d’une communauté – jusqu’à ce que champagne tiède et vin râpeux montent aux cerveaux ramollis et provoquent une ultime scène d’engueulade.
Noël est et reste, à jamais, l’héritage d’une authentique culture.
Quand Mozzarella se promène en ville, elle ne peut s’empêcher de regarder les vitrines pailletées du Printemps où s’agitent de mignons lutins – que quelques charitables âmes de Peter Pan ont passé l’année à concevoir minutieusement – ou encore ces sympathiques marionnettes en forme de rennes et de poupées dont les mouvements récurrents finissent par se fatiguer jusqu’à malencontreusement suggérer l’acte naturel de la copulation. Moment fatidique où les petits garnements demandent à leur papa en serrant très fort leur main : « Dis, il fait quoi le renne avec la dame ? », ce à quoi le papa répond gêné : « Viens mon chéri, je t’emmène au rayon lego ». Chers petits naïfs !
La magie de Noël, ce sont aussi les vendeurs de marrons chauds qui se plantent sur les trottoirs encombrés et qui hurlent aux paniqués des cadeaux que c’est bon et pas cher. Les marrons daubent le grillé à dix kilomètres et ont le ventre aussi rabougri que des têtes réduites, mais il semblerait qu’il faille jouer le jeu. D’ailleurs, Mozzarella se fait inévitablement alpaguer par un brontosaure au bonnet multicolore qui lui brandit sous le nez sa louche remplie de châtaignes éclatées. C’est le moment où il faudrait refuser, mais où tout pousse à dire oui. Pour faire plaisir. Parce que c’est Noël. Mozzarella se fait taxer de cinq euros pour un ridicule sachet qu’elle jettera au coin de rue suivant. Néanmoins, elle est fière : à sa manière, elle aura contribué au bonheur d’une famille dans le besoin, qui envoie papa vendre des marrons pendant que maman tricote des pulls de laine violets pour son adorable marmaille.
Et puis Noël, c’est aussi un sapin. Des boules féériques incassables, des guirlandes électriques entortillées, des étoiles en alu déformées. C’est une crèche en pâte à sel qui siège au tronc et croule sous les épines. C’est un petit Jésus peint par la gentille Simone, deux ans et demi, pour la tombola de l’école. C’est tout cet univers magique et spirituel qui flotte souverainement autour de l’arbre, tandis que les enfants s’agitent à côté, s’envoient les décorations à la tronche, ignorant une mère hystérique qui tente de les séparer et qui finit par se prendre les pieds dans le tapis, la tête la première sur les rois mages.
Et la bûche, mes enfants, que direz-vous de la bûche ! Cette formidable pâtisserie pleine de glace et de génoise que l’on commande au mois d’août pour être certain d’en jouir quatre mois plus tard ! Cet onctueux nappage à la crème de marrons tournée, cette divine vanille dégoulinante, fourrée au chocolat périmé ! Cette délicatesse avec laquelle des rainures ont été formées sur les côtés, pour faire croire à une vraie bûche en vrai bois ! Et ce lutin en sucre planté sur une feuille de houx qui lui traverse l’arrière-train depuis quarante-huit heures, avec le sourire crispé de l’attente des RTT ! Un bonheur sans commune mesure.
Quant à ce cher, ce tendre, cet illustre bonhomme rouge rondouillard qui se promène partout en copies illimitées, arborant un rire gras et suspect qu’on ne connaît guère plus que chez les commentateurs télé septuagénaires, il est l’homme de la situation, celui qui séduit les enfants en leur offrant des carambars, puis qui les traumatise avec sa barbe pleine de bière dès qu’ils sont sur ses genoux pour la photo souvenir à l’entrée de Carrefour. La marmaille horrifiée se débat tandis que les parents lobotomisés se bousculent, espérant capturer dans leur appareil photo numérique la belle progéniture gémissante. Après quelques écrasements de pieds et quelques tours grillés, ce sont des règlements de comptes entre des pères furieux, des gamins orphelins perdus dans le supermarché et un papa Noël au costume piétiné dans la bataille.
Mozzarella en est convaincue : rien à faire, Noël, c’est beau.
Ne vous y trompez pas, les enfants. Non, Noël n’est pas une célébration commerciale. Non, le 24 décembre n’est pas prétexte à la dépense. Non, point de traditionalisme sirupeux, mais bel et bien résurgence des liens familiaux et profond désir de balayer les casseroles du passé entre membres brouillés d’une communauté – jusqu’à ce que champagne tiède et vin râpeux montent aux cerveaux ramollis et provoquent une ultime scène d’engueulade.
Noël est et reste, à jamais, l’héritage d’une authentique culture.
Quand Mozzarella se promène en ville, elle ne peut s’empêcher de regarder les vitrines pailletées du Printemps où s’agitent de mignons lutins – que quelques charitables âmes de Peter Pan ont passé l’année à concevoir minutieusement – ou encore ces sympathiques marionnettes en forme de rennes et de poupées dont les mouvements récurrents finissent par se fatiguer jusqu’à malencontreusement suggérer l’acte naturel de la copulation. Moment fatidique où les petits garnements demandent à leur papa en serrant très fort leur main : « Dis, il fait quoi le renne avec la dame ? », ce à quoi le papa répond gêné : « Viens mon chéri, je t’emmène au rayon lego ». Chers petits naïfs !
La magie de Noël, ce sont aussi les vendeurs de marrons chauds qui se plantent sur les trottoirs encombrés et qui hurlent aux paniqués des cadeaux que c’est bon et pas cher. Les marrons daubent le grillé à dix kilomètres et ont le ventre aussi rabougri que des têtes réduites, mais il semblerait qu’il faille jouer le jeu. D’ailleurs, Mozzarella se fait inévitablement alpaguer par un brontosaure au bonnet multicolore qui lui brandit sous le nez sa louche remplie de châtaignes éclatées. C’est le moment où il faudrait refuser, mais où tout pousse à dire oui. Pour faire plaisir. Parce que c’est Noël. Mozzarella se fait taxer de cinq euros pour un ridicule sachet qu’elle jettera au coin de rue suivant. Néanmoins, elle est fière : à sa manière, elle aura contribué au bonheur d’une famille dans le besoin, qui envoie papa vendre des marrons pendant que maman tricote des pulls de laine violets pour son adorable marmaille.
Et puis Noël, c’est aussi un sapin. Des boules féériques incassables, des guirlandes électriques entortillées, des étoiles en alu déformées. C’est une crèche en pâte à sel qui siège au tronc et croule sous les épines. C’est un petit Jésus peint par la gentille Simone, deux ans et demi, pour la tombola de l’école. C’est tout cet univers magique et spirituel qui flotte souverainement autour de l’arbre, tandis que les enfants s’agitent à côté, s’envoient les décorations à la tronche, ignorant une mère hystérique qui tente de les séparer et qui finit par se prendre les pieds dans le tapis, la tête la première sur les rois mages.
Et la bûche, mes enfants, que direz-vous de la bûche ! Cette formidable pâtisserie pleine de glace et de génoise que l’on commande au mois d’août pour être certain d’en jouir quatre mois plus tard ! Cet onctueux nappage à la crème de marrons tournée, cette divine vanille dégoulinante, fourrée au chocolat périmé ! Cette délicatesse avec laquelle des rainures ont été formées sur les côtés, pour faire croire à une vraie bûche en vrai bois ! Et ce lutin en sucre planté sur une feuille de houx qui lui traverse l’arrière-train depuis quarante-huit heures, avec le sourire crispé de l’attente des RTT ! Un bonheur sans commune mesure.
Quant à ce cher, ce tendre, cet illustre bonhomme rouge rondouillard qui se promène partout en copies illimitées, arborant un rire gras et suspect qu’on ne connaît guère plus que chez les commentateurs télé septuagénaires, il est l’homme de la situation, celui qui séduit les enfants en leur offrant des carambars, puis qui les traumatise avec sa barbe pleine de bière dès qu’ils sont sur ses genoux pour la photo souvenir à l’entrée de Carrefour. La marmaille horrifiée se débat tandis que les parents lobotomisés se bousculent, espérant capturer dans leur appareil photo numérique la belle progéniture gémissante. Après quelques écrasements de pieds et quelques tours grillés, ce sont des règlements de comptes entre des pères furieux, des gamins orphelins perdus dans le supermarché et un papa Noël au costume piétiné dans la bataille.
Mozzarella en est convaincue : rien à faire, Noël, c’est beau.