Ce n’est pas de temps dont il s’agit, pas plus que d’espace, ou d’argent. La question est de savoir qu’est-ce qu’on fout et qu’est-ce qu’on mange. Vu le merdier dans lequel on se trouve - et par on, j’entends les gens en perdition zonant dans la société contemporaine, autrement dit la majorité du peuple - il n’est plus vraiment possible de faire état d’autre chose. Les problématiques de signifiant et signifié sont à jamais dépassées. Du reste, mon torturé de psy, arnaqueur fini mais romantique homme de gauche, ne cesse de me répéter qu’il faut chasser mes illusions néfastes et adopter la réalité pour mieux la vaincre. Curieux conseil, lorsqu’on sait que sa femme entretient un amant dans leur placard depuis plus de sept ans.
Mais enfin, j’y suis, j’ai troqué mon imagination contre la matérialité, je la regarde bien en face, zieutage compulsif du thème du moment, voyons voyons, la crise ! Cette bonne vieille crise, à qui on mettrait presque une accolade familière !
Concédons-le. La crise, c’est déprimant. La crise, ça suffit. Mieux vaudrait éviter le sujet et les dîners foireux entre amis foirés. Beaucoup déplorent les tendances dépressives dues à l’état des ménages et des méninges ; on a fait de la galère le packaging miséreux des fêtes de Noël.
Du reste, un sdf poète me disait l’autre soir que ce phénomène ne mérite pas un tel moulinage. Car au fond, tonnait-il en brandissant sa bouteille de Villageoise sous mon nez, au fond, la crise n’est qu’une vaste blague : « Mais enfin, bande de cons ! Ca a toujours été le bordel ! De tous temps, le monde en a chié ! Ce sont ces satanées Trente Glorieuses qui ont fait croire qu’on pouvait passer à travers les gouttes ! Et ça, c’était l’illusion de trop, mes petits chéris larveux ! L’erreur fatale des utopistes ! Comme si on allait enfin trouver la paix, alors qu’Adam et Eve se sont ligués pour que l’homo sapiens prenne perpèt ! Dire que des hurluberlus prospères ont cru en 70 voir irréversiblement changer la face du monde ! Des crétins des Alpes ! Des lobotomisés aux rayons X ! Des chapardeurs du réel !» Et la bouteille s’était malencontreusement renversée sur ma tête qui hochait sans savoir vraiment, pleine de contradictions.
Le bougre n’avait pas tort, mis à part celui qu’il causait à sa dentition, rapport à une carte vitale périmée. Il avait jeté un pavé dans une mare de pétrole, et la bourse s’était effondrée au même instant.
Mais il est temps de revendiquer le droit à la fulmination syndicaliste, à la chaleur sirupeuse des allocs et à l’épilation faciale de ma boulangère millionnaire. Poussant au hasard du vent hivernal un terrible râle qui, je l’espère, carillonnera jusque chez Paris Hilton, je demande à tous les partis, gauche, droite, centre et mon cul, de bouffer du populisme à pleines dents ; et ce, pour qu’il ne pende plus à leurs lèvres que le rictus illusoire et vomitif d’un renouveau charmeur. Quelque chose, en somme, qui laisserait espérer que tout va s’arranger, à moins que les carottes soient définitivement cuites.
Regardons les choses en face : j’ai des gingivites chroniques, je hais le poulet frites tout autant que le JT de vingt heures et je torture mon poisson rouge avec de l’acide barbiturique. Je vendrais les tripes de mon chien pour gober une soupe déshydratée et je rongerais mes ongles de pieds si mes côtes me le permettaient. J’écoute du Purcell à tue-tête en découpant des photos porno et souffle ma fumée de clope à la figure des femmes enceintes. Je ne remercie et n’aide jamais personne. A bas la solidarité.
Voilà l’autoportrait que je pourrais vous dresser dans l’année à venir si quelque chose ne se passe pas maintenant, là, tout de suite, si on ne s’insurge pas contre les aberrations et les injustices, si on ne crie pas au scandale et si décidément ce connard de type ne rappelle toujours pas, quelle enflure, celui-là. Les plus puissants étalent leur crème chantilly sur leurs tartines de morale bio, tandis que les plus faibles tricotent des pulls en polystyrène pour empêcher leurs enfants d’attraper froid dans leur lit, depuis qu’EDF est devenu collabo.
Dieu est mort, Woodstock révolu. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’à gerber dignement sur ce qui est amoral.
Faites le mort, pas la guerre. C’est le slogan qui arrive dans les pots d’échappement des dealers consuméristes. Préparez vos sacs de patates et de topinambours. Achetez toutes les barriques de lait que vous pourrez trouver dans un rayon de trois cents kilomètres à la ronde. N’épargnez aucun pis de vache, aucun pied de porc. Et surtout, pensez à recharger votre pass Navigo.
Mais enfin, j’y suis, j’ai troqué mon imagination contre la matérialité, je la regarde bien en face, zieutage compulsif du thème du moment, voyons voyons, la crise ! Cette bonne vieille crise, à qui on mettrait presque une accolade familière !
Concédons-le. La crise, c’est déprimant. La crise, ça suffit. Mieux vaudrait éviter le sujet et les dîners foireux entre amis foirés. Beaucoup déplorent les tendances dépressives dues à l’état des ménages et des méninges ; on a fait de la galère le packaging miséreux des fêtes de Noël.
Du reste, un sdf poète me disait l’autre soir que ce phénomène ne mérite pas un tel moulinage. Car au fond, tonnait-il en brandissant sa bouteille de Villageoise sous mon nez, au fond, la crise n’est qu’une vaste blague : « Mais enfin, bande de cons ! Ca a toujours été le bordel ! De tous temps, le monde en a chié ! Ce sont ces satanées Trente Glorieuses qui ont fait croire qu’on pouvait passer à travers les gouttes ! Et ça, c’était l’illusion de trop, mes petits chéris larveux ! L’erreur fatale des utopistes ! Comme si on allait enfin trouver la paix, alors qu’Adam et Eve se sont ligués pour que l’homo sapiens prenne perpèt ! Dire que des hurluberlus prospères ont cru en 70 voir irréversiblement changer la face du monde ! Des crétins des Alpes ! Des lobotomisés aux rayons X ! Des chapardeurs du réel !» Et la bouteille s’était malencontreusement renversée sur ma tête qui hochait sans savoir vraiment, pleine de contradictions.
Le bougre n’avait pas tort, mis à part celui qu’il causait à sa dentition, rapport à une carte vitale périmée. Il avait jeté un pavé dans une mare de pétrole, et la bourse s’était effondrée au même instant.
Mais il est temps de revendiquer le droit à la fulmination syndicaliste, à la chaleur sirupeuse des allocs et à l’épilation faciale de ma boulangère millionnaire. Poussant au hasard du vent hivernal un terrible râle qui, je l’espère, carillonnera jusque chez Paris Hilton, je demande à tous les partis, gauche, droite, centre et mon cul, de bouffer du populisme à pleines dents ; et ce, pour qu’il ne pende plus à leurs lèvres que le rictus illusoire et vomitif d’un renouveau charmeur. Quelque chose, en somme, qui laisserait espérer que tout va s’arranger, à moins que les carottes soient définitivement cuites.
Regardons les choses en face : j’ai des gingivites chroniques, je hais le poulet frites tout autant que le JT de vingt heures et je torture mon poisson rouge avec de l’acide barbiturique. Je vendrais les tripes de mon chien pour gober une soupe déshydratée et je rongerais mes ongles de pieds si mes côtes me le permettaient. J’écoute du Purcell à tue-tête en découpant des photos porno et souffle ma fumée de clope à la figure des femmes enceintes. Je ne remercie et n’aide jamais personne. A bas la solidarité.
Voilà l’autoportrait que je pourrais vous dresser dans l’année à venir si quelque chose ne se passe pas maintenant, là, tout de suite, si on ne s’insurge pas contre les aberrations et les injustices, si on ne crie pas au scandale et si décidément ce connard de type ne rappelle toujours pas, quelle enflure, celui-là. Les plus puissants étalent leur crème chantilly sur leurs tartines de morale bio, tandis que les plus faibles tricotent des pulls en polystyrène pour empêcher leurs enfants d’attraper froid dans leur lit, depuis qu’EDF est devenu collabo.
Dieu est mort, Woodstock révolu. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’à gerber dignement sur ce qui est amoral.
Faites le mort, pas la guerre. C’est le slogan qui arrive dans les pots d’échappement des dealers consuméristes. Préparez vos sacs de patates et de topinambours. Achetez toutes les barriques de lait que vous pourrez trouver dans un rayon de trois cents kilomètres à la ronde. N’épargnez aucun pis de vache, aucun pied de porc. Et surtout, pensez à recharger votre pass Navigo.