Grand-Maman m'a toujours dit : "Ma chérie, le monde se divise en deux catégories. Les imbéciles et les cons." Enfant, ma naïveté me laissait pantoise devant la similitude des deux termes ; j'admirais intuitivement la subtilité lexicale, sans pouvoir en saisir le sens.
Plus tard, je ris à gorge déployée en comprenant l'idée ; ampoule subitement éclairée au-dessus du crâne endormi, qui rend au cerveau ce qui ne lui appartenait pas.
De cet adage il ne restait qu'à confirmer la véracité par l'expérience. Rien de plus simple, en ces temps où règnent en maîtres absolus l'individualisme, l'égoïsme et l'avarice - tyranniques vertus qui n'ont pour but que celui d'enrichir les cultures occidentales, concubines du crétinisme. Monde à l'envers, où chacun trouve son compte par duperie casanovesque ; les faux fauchés font la cour à leur facteur pour s'épargner le coût des étrennes, les nantis séduisent les sdf dans une complaisance concupiscente. Mon voisin le peniste prend le parti non moins extrémiste de ne se montrer qu'en caleçon sur le palier, dans l'espoir d'émoustiller ma gardienne dépressive, et revisite ainsi, avec une assise déconcertante, les codes guindés de la communauté. N'en déplaise à la belle portugaise, qu'il flanquera joyeusement à la porte du pays, les présidentielles passées. Pauvre Marina.
Mars était printanier et se prêtait à la joyeuseté. Tout semblait léger, quoiqu'il ne manquât à la rue ni d'âme déconfite ni de mouvement las. Mais si vous savez faire abstraction des considérations fâcheuses, la vie est belle, le soleil brille, voyez-vous, les oiseaux chantent, l'accordéon bourdonne. Vous arboreriez presque le béret que votre grand-père portait en 49 pour charmer les dames et vider les verres. Rien ne pourrait vous atteindre, non rien, si ce n'est une idée qui pèse comme un couvercle sur votre esprit frémissant en proie aux doux délires, j'ai nommé celle de l'imbécile - qui ne diffère pas du con.
L'imbécile qui ne diffère pas du con peut endosser plusieurs définitions, d'égale importance et de diverse nature. Le caractère prédominant chez ce pathétique personnage est celui du je-m'en-foutisme, soutenu par la représentation hautement narcissique qu'il se fait de lui-même. Il est l'individu merdique qui ne devrait pas atteindre votre humanité profonde et qui pourtant, une fois sa route croisée, scelle votre destinée quant au fonctionnement de vos rapports humains. J'ai nommé pour la suite méfiance, suspicion, radinerie et misanthropie. Des comportements dont vous avez pleinement conscience, dans la mesure où ils diffèrent de votre nature première, mais qui la polluent en tant que troubles névrotiques avec la tranquillité insidieuse du ver de terre, vous transformant progressivement en homo zombiens.
Allons, ne vous en défendez pas. Je mets au défi quiconque sur cette terre de me prouver le contraire. Ce qui est nécessaire, à présent, c'est d'agir en connaissance de cause. D'être conscient qu'un imbécile qui ne diffère pas du con vous a poussé, à force de sournoiseries fermentées, à adopter des schémas de conduite qui ne sont pas les vôtres et dont il faut vous défaire au plus vite. Car à force d'agir ainsi, vous devenez, je deviens, nous devenons, au même titre que lui, l'imbécile qui ne diffère pas du con.
D'aucuns nomment la transformation que nous subissons "l'expérience de la vie". Je leur mettrais volontiers mon poing dans la gueule. La connerie, si elle est congénitale, ne saurait en aucun cas être virale.
Armez-vous donc de cette force spirituelle qui vit encore en vous, quelque part entre les tripes et le foie. Laissez-la sereinement remonter à la surface de votre généreux tempérament comme représentante de l'humanité, histoire de vous offrir une sacrée rédemption. Vous verrez, votre Grand-Maman vous félicitera et vos amis vous remercierons, sans parler de votre plombier.
La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe et décidément c'est pas près d'arriver.
Plus tard, je ris à gorge déployée en comprenant l'idée ; ampoule subitement éclairée au-dessus du crâne endormi, qui rend au cerveau ce qui ne lui appartenait pas.
De cet adage il ne restait qu'à confirmer la véracité par l'expérience. Rien de plus simple, en ces temps où règnent en maîtres absolus l'individualisme, l'égoïsme et l'avarice - tyranniques vertus qui n'ont pour but que celui d'enrichir les cultures occidentales, concubines du crétinisme. Monde à l'envers, où chacun trouve son compte par duperie casanovesque ; les faux fauchés font la cour à leur facteur pour s'épargner le coût des étrennes, les nantis séduisent les sdf dans une complaisance concupiscente. Mon voisin le peniste prend le parti non moins extrémiste de ne se montrer qu'en caleçon sur le palier, dans l'espoir d'émoustiller ma gardienne dépressive, et revisite ainsi, avec une assise déconcertante, les codes guindés de la communauté. N'en déplaise à la belle portugaise, qu'il flanquera joyeusement à la porte du pays, les présidentielles passées. Pauvre Marina.
Mars était printanier et se prêtait à la joyeuseté. Tout semblait léger, quoiqu'il ne manquât à la rue ni d'âme déconfite ni de mouvement las. Mais si vous savez faire abstraction des considérations fâcheuses, la vie est belle, le soleil brille, voyez-vous, les oiseaux chantent, l'accordéon bourdonne. Vous arboreriez presque le béret que votre grand-père portait en 49 pour charmer les dames et vider les verres. Rien ne pourrait vous atteindre, non rien, si ce n'est une idée qui pèse comme un couvercle sur votre esprit frémissant en proie aux doux délires, j'ai nommé celle de l'imbécile - qui ne diffère pas du con.
L'imbécile qui ne diffère pas du con peut endosser plusieurs définitions, d'égale importance et de diverse nature. Le caractère prédominant chez ce pathétique personnage est celui du je-m'en-foutisme, soutenu par la représentation hautement narcissique qu'il se fait de lui-même. Il est l'individu merdique qui ne devrait pas atteindre votre humanité profonde et qui pourtant, une fois sa route croisée, scelle votre destinée quant au fonctionnement de vos rapports humains. J'ai nommé pour la suite méfiance, suspicion, radinerie et misanthropie. Des comportements dont vous avez pleinement conscience, dans la mesure où ils diffèrent de votre nature première, mais qui la polluent en tant que troubles névrotiques avec la tranquillité insidieuse du ver de terre, vous transformant progressivement en homo zombiens.
Allons, ne vous en défendez pas. Je mets au défi quiconque sur cette terre de me prouver le contraire. Ce qui est nécessaire, à présent, c'est d'agir en connaissance de cause. D'être conscient qu'un imbécile qui ne diffère pas du con vous a poussé, à force de sournoiseries fermentées, à adopter des schémas de conduite qui ne sont pas les vôtres et dont il faut vous défaire au plus vite. Car à force d'agir ainsi, vous devenez, je deviens, nous devenons, au même titre que lui, l'imbécile qui ne diffère pas du con.
D'aucuns nomment la transformation que nous subissons "l'expérience de la vie". Je leur mettrais volontiers mon poing dans la gueule. La connerie, si elle est congénitale, ne saurait en aucun cas être virale.
Armez-vous donc de cette force spirituelle qui vit encore en vous, quelque part entre les tripes et le foie. Laissez-la sereinement remonter à la surface de votre généreux tempérament comme représentante de l'humanité, histoire de vous offrir une sacrée rédemption. Vous verrez, votre Grand-Maman vous félicitera et vos amis vous remercierons, sans parler de votre plombier.
La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe et décidément c'est pas près d'arriver.